Centre d’art de Kamouraska / Juin-Juillet-Août 2024
Patrick Bérubé propose un univers coloré et bricolé, mais paradoxalement très organisé. Utilisant des matériaux collectés, récupérés, transformés et biodégradables, il offre une relecture des héritages historiques, industriels, culturels et religieux. Avec poésie, onirisme et humour, il s’appuie sur différents legs du passé et s’empare de diverses traditions, croyances et savoir-faire d’autrefois pour construire et nourrir sa pensée.
Lors d’une résidence de recherche et création effectuée au printemps dans la région immédiate, l’artiste s’est intéressé aux moulins. Patrimoine bâti d’une importance majeure, le moulin est pour Patrick un symbole d’énergie renouvelable et non polluante, témoin d’une société préindustrielle et foncièrement rurale. S’inspirant de ceux-ci, l’artiste a créé un immense cercle central représentant à la fois une meule et un mouvement circulaire, évoquant ainsi les différents cycles du vivant. Ailleurs, des objets font allusion à la vie rurale : perche de clôture, sacs de blé, farine, pain en bronze, tapis jaune rappelant les champs.
L’un des matériaux principaux de l’exposition – le mycélium – est fabriqué à partir de la structure racinaire d’un champignon : le reishi ou Ganoderma lucidum. Aussi connu comme le « champignon de l’immortalité », il est utilisé depuis longtemps pour favoriser la santé et la longévité en Chine et au Japon. Le mycélium est un matériau remarquable et durable, de plus en plus utilisé pour remplacer la mousse de polystyrène ou d’autres plastiques à usage unique. Au-delà de ses qualités écologiques, l’artiste utilise également le champignon pour sa richesse sémantique. Le champignon n’a pas de territoire et prend l’amplitude qu’il veut. Il n’a ni frontières, ni limitations. Il a besoin du vivant comme de la mort pour survivre. Sous forme de levure, il intervient dans la fabrication du pain ou du vin, des éléments que l’artiste relie à la symbolique du moulin, de la vie rurale d’autrefois et de la religion catholique.
Autre/Fois est une installation dans laquelle plusieurs concepts, objets, sculptures et images sont reliés les uns aux autres de façon incongrue. L’artiste crée ici, comme le mycélium, ses propres réseaux racinaires où les idées sous-terraines aux œuvres se ramifient et s’interconnectent. Chaque détail offre de multiples possibilités de lecture; une métaphore du vivant et des innombrables interactions réticulaires du monde biologique.
Quelques mots de l’artiste
Avec Autre/Fois, je remets en question la façon dont nous percevons et façonnons aujourd’hui notre environnement. J’interroge et j’examine des préoccupations et pratiques contemporaines liées à l’économie, le commerce et l’agriculture. Pour moi, la plus grande dévastation de notre époque est – en plus des changements climatiques –due en grande partie à l’apparition de la propriété privée. L’émergence de l’agriculture semble être le point culminant où l’être humain a commencé à aménager et à modifier la nature pour contrôler les écosystèmes et ses différents cycles. Au XVIe siècle, le mouvement des enclosures s’est développé en Angleterre : les terres cultivées préalablement destinées à l’usage collectif devinrent des espaces privatisés au profit des propriétaires. Ce mouvement, intensifié aux débuts de la révolution industrielle au XIXe siècle, annonça les balbutiements du capitalisme. Il visait à passer d’une agriculture perçue comme peu productive à une agriculture plus intensive et motorisée. L’enclosure a engendré l’utilisation de nouvelles techniques, cultures et rotations culturales. Elle s’est inscrite dans une situation de développement économique et dans un système de construction de la propriété privée.
Notice biographique de l’artiste
Patrick Bérubé vit et travaille à Montréal. Connu pour sa pratique en sculpture, en installation et en intervention publique, il s’intéresse aux notions de mémoire, de répétition et de mutation. Il a été finaliste pour le prix Pierre-Ayot à deux reprises, une reconnaissance primée qui souligne la facture exceptionnelle et l’apport original de la production d’artistes professionnel·le·s de 35 ans et moins. Son travail a été remarqué sur la scène nationale et internationale par ses participations à des expositions et évènements majeurs. Il a réalisé plusieurs œuvres d’intégration à l’architecture.






























