Musée d’Art de Joliette / Juin-Juillet-Août 2026

« La crise actuelle de la communauté est une crise de la résonnance. La communication numérique est composée de chambres d’écho dans lesquelles on s’entend avant tout parler soi-même. »

Byung-Chul Han, La disparition des rituels. Pour une topologie du temps présent, 2025.

L’espace minimaliste créé par Patrick Bérubé se déploie à travers des camaïeux de blancs et de roses, un ensemble subtil d’interventions in situ et d’objets. D’œuvre en œuvre, les tracés ainsi que les matériaux laissent deviner un travail précis des mains et du temps. Ces pièces ont pris forme au fil des mois, voire des années, au gré des expérimentations, des discussions et des rencontres avec des artisan·e·s et collaborateur·rice·s. La croissance du mycélium, la fabrication de la soie et des teintures naturelles, le tissage, la couture, l’embossage, la fonte et le moulage des matières : la délicatesse et la lenteur inhérente aux processus inspirent le respect, elles invitent à méditer le temps.

Ce(pendant), première exposition individuelle muséale de Patrick Bérubé, agit comme une archéologie du présent, où les strates de l’histoire et les couches de significations s’accumulent. Les ruines, ensevelies ou à ciel ouvert, rappellent les héritages du passé, l’entrecroisement des peuples et des cultures. Les architectures enfouies sous les champs se révèlent à vue d’oiseau, motifs surnaturels qui évoquent autant les configurations fascinantes du monde végétal que les circuits électroniques. Artefacts par excellence de l’époque contemporaine, ils deviennent motifs, puis symboles de nos univers numériques.

L’environnement créé par Bérubé s’inspire des configurations traditionnelles des salons de thé japonais et de leurs cérémonies rituelles. Par essence, le rituel instaure un profond respect, une union presque spirituelle à la nature, aux objets et aux gens. La rencontre avec l’autre s’y fait dans le silence, dans le déroulement minutieux des gestes, qui produisent une « communauté en résonnance capable de trouver une harmonie et un rythme commun » (Han). Ici, l’artiste invite au repos contemplatif : éprouver la durée, regarder avec sincérité, entrer en résonnance avec les objets et les gens. Laisser l’âme se taire un moment pour laisser la place aux gestes partagés. Laisser de côté la performance de soi et le narcissisme collectif pour songer, peut-être un jour, à vivre dans une « coexistence intense ». Penser ensemble une véritable communauté sociale et même un réenchantement du monde.

Après Autre/Fois présentée en 2024 au Centre d’art de Kamouraska, qui s’intéressait aux traditions et aux héritages culturels, Ce(pendant) est le deuxième volet d’une trilogie, dont la dernière exposition, Ainsi de suite, aura lieu à Plein sud art actuel à l’automne 2026.

Commissaire : ​Marianne Cloutier​

Centre d’art de Kamouraska / Juin-Juillet-Août 2024

Patrick Bérubé propose un univers coloré et bricolé, mais paradoxalement très organisé. Utilisant des matériaux collectés, récupérés, transformés et biodégradables, il offre une relecture des héritages historiques, industriels, culturels et religieux. Avec poésie, onirisme et humour, il s’appuie sur différents legs du passé et s’empare de diverses traditions, croyances et savoir-faire d’autrefois pour construire et nourrir sa pensée.

Lors d’une résidence de recherche et création effectuée au printemps dans la région immédiate, l’artiste s’est intéressé aux moulins. Patrimoine bâti d’une importance majeure, le moulin est pour Patrick un symbole d’énergie renouvelable et non polluante, témoin d’une société préindustrielle et foncièrement rurale. S’inspirant de ceux-ci, l’artiste a créé un immense cercle central représentant à la fois une meule et un mouvement circulaire, évoquant ainsi les différents cycles du vivant. Ailleurs, des objets font allusion à la vie rurale : perche de clôture, sacs de blé, farine, pain en bronze, tapis jaune rappelant les champs.

L’un des matériaux principaux de l’exposition – le mycélium – est fabriqué à partir de la structure racinaire d’un champignon : le reishi ou Ganoderma lucidum. Aussi connu comme le « champignon de l’immortalité », il est utilisé depuis longtemps pour favoriser la santé et la longévité en Chine et au Japon. Le mycélium est un matériau remarquable et durable, de plus en plus utilisé pour remplacer la mousse de polystyrène ou d’autres plastiques à usage unique. Au-delà de ses qualités écologiques, l’artiste utilise également le champignon pour sa richesse sémantique. Le champignon n’a pas de territoire et prend l’amplitude qu’il veut. Il n’a ni frontières, ni limitations. Il a besoin du vivant comme de la mort pour survivre. Sous forme de levure, il intervient dans la fabrication du pain ou du vin, des éléments que l’artiste relie à la symbolique du moulin, de la vie rurale d’autrefois et de la religion catholique.

Autre/Fois est une installation dans laquelle plusieurs concepts, objets, sculptures et images sont reliés les uns aux autres de façon incongrue. L’artiste crée ici, comme le mycélium, ses propres réseaux racinaires où les idées sous-terraines aux œuvres se ramifient et s’interconnectent. Chaque détail offre de multiples possibilités de lecture; une métaphore du vivant et des innombrables interactions réticulaires du monde biologique.

 

 

Quelques mots de l’artiste


Avec Autre/Fois, je remets en question la façon dont nous percevons et façonnons aujourd’hui notre environnement. J’interroge et j’examine des préoccupations et pratiques contemporaines liées à l’économie, le commerce et l’agriculture. Pour moi, la plus grande dévastation de notre époque est – en plus des changements climatiques –due en grande partie à l’apparition de la propriété privée. L’émergence de l’agriculture semble être le point culminant où l’être humain a commencé à aménager et à modifier la nature pour contrôler les écosystèmes et ses différents cycles. Au XVIe siècle, le mouvement des enclosures s’est développé en Angleterre : les terres cultivées préalablement destinées à l’usage collectif devinrent des espaces privatisés au profit des propriétaires. Ce mouvement, intensifié aux débuts de la révolution industrielle au XIXe siècle, annonça les balbutiements du capitalisme. Il visait à passer d’une agriculture perçue comme peu productive à une agriculture plus intensive et motorisée. L’enclosure a engendré l’utilisation de nouvelles techniques, cultures et rotations culturales. Elle s’est inscrite dans une situation de développement économique et dans un système de construction de la propriété privée.

 

 

Notice biographique de l’artiste

Patrick Bérubé vit et travaille à Montréal. Connu pour sa pratique en sculpture, en installation et en intervention publique, il s’intéresse aux notions de mémoire, de répétition et de mutation. Il a été finaliste pour le prix Pierre-Ayot à deux reprises, une reconnaissance primée qui souligne la facture exceptionnelle et l’apport original de la production d’artistes professionnel·le·s de 35 ans et moins. Son travail a été remarqué sur la scène nationale et internationale par ses participations à des expositions et évènements majeurs. Il a réalisé plusieurs œuvres d’intégration à l’architecture.

Galerie Art Mur, Montréal / Mars-Avril 2022

L’exposition Mother Rock ! de Patrick Bérubé comprend plusieurs couches sémiologiques et métaphoriques orbitant toutes autour de la relation qu’entretient l’être humain avec ses origines, le temps, les barrières et les frontières. Mother Rock ! aborde la notion de résistance et de révolution face aux divers concepts et prescrits sociétaux. De la même manière que fonctionne la stéréoscopie, ce principe selon lequel le cerveau utilise le décalage entre les yeux pour nous permettre de percevoir le relief, l’exposition renferme différents décalages et symboles dont la compréhension permet d’en capter la polysémie.

Aux abords de la salle d’exposition, on découvre une photographie du barrage de Fort Peck prise par Margaret Bourke-White dans le cadre du reportage qu’elle avait mené sur des travaux au sujet dudit barrage. Cette image, ayant été la couverture originelle du premier numéro du magazine LIFE en 1936, met en vedette une construction titanesque de l’humain, à la fois symbole de révolution, de l’ingéniosité industrielle et de l’impact destructeur de l’être sur la nature. En utilisant la représentation de cette borne de pierre (béton) photographiée par Bourke-White, Bérubé propose une réflexion sur le superficiel et l’artificiel. Il fait également sciemment allusion à la représentation de la femme, comme de l’eau, toutes deux symboles de la fondation de la vie.

Non loin dans l’espace d’exposition, on découvre une pièce centrale qui fait écho au calendrier révolutionnaire (ou républicain). Ce dernier, rappelant la Révolution française et utilisé pendant la Première République, consiste en un symbole de la volonté des révolutionnaires d’éradiquer de leur quotidien toute emprise monarchique et religieuse au profit d’une organisation menée par la raison, la science et le cycle de la nature. Les cordons de foule installés dans l’espace prennent la forme de conduits d’eau faisant à leur tour office de barrage. Ceux-ci rappellent l’actuelle et extrême valorisation de la vitesse et de l’organisation au contraire de la délectation de toute forme d’improvisation ou d’oisiveté.

Finalement, dans Mother Rock !, Patrick Bérubé fait état du désir d’accumuler et d’entreposer qu’éprouve l’humain, qui au contraire du temps, de la mémoire et de l’espace, semble infini. Sous le joug des entrepôts et des supercentres de cette société hyperproductive qu’est la nôtre, s’engrange une accumulation de déchets et de bruits encombrants qui contribuent à la désinformation sous des couches de data sédimentaires sans bornes ni limites dans lesquelles se fossilise un respect perdu de la nature.

L’artiste tient à remercier Le Conseil des Arts du Canada, Chloé Grondeau, Samuel St-Aubin, Centre Sagamie, Marc Dulude, Atelier du Bronze, Atelier Clark.

Biennale Nationale de Sculpture – Du 26 juin au 11 septembre 2020 – Vernissage: 26 Juin, 2020

à la Galerie Art Mur – du 7 mars au 11 avril 2020, Vernissage le 7 mars de 15h à 18h
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Le travail de Patrick Bérubé s’intéresse aux rapports contradictoires (affectifs, idéologiques, psychiques et charnels) que les humains entretiennent envers eux-mêmes et leur environnement. En cette période trouble et de grandes incertitudes, l’exposition aborde de manière plus précise les disjonctions qui s’opèrent entre le monde réel, sa perception directe et sa médiation, entre le palpable et l’impalpable, entre l’intériorité et l’extériorité. Partant du fait que la technologie et le flux des images (numériques, médiatiques et de marque) façonnent nos imaginaires et phagocytent nos rapports à la nature, à l’espace et au temps, Bérubé interroge l’espace ténu dédié à l’émergence d’une conscience de soi, située, libre et autonome – à une époque qui, paradoxalement, fait l’éloge de l’individualité.

Bien que le titre En Parallèle… sous-tende l’idée d’un univers second, l’exposition traite davantage de la nature insaisissable du monde, sachant que le visible comporte forcément un double caché. Car au-delà de ce qu’implique l’instabilité des représentations, Bérubé s’intéresse plus globalement au fait que les limites de nos facultés sensorielles ne nous permettent pas de saisir empiriquement la plupart des lois qui régissent l’univers. Son travail souligne de surcroît la persistance des grands questionnements métaphysiques liés à l’origine du Cosmos et à la finitude de la vie. Des interrogations existentielles qui incitent, depuis toujours, les collectivités humaines à s’inventer des histoires étranges, souvent peuplés de figures spectrales, pour répondre au vertige de l’incommensurable.

Conçue en s’inspirant du labyrinthe de Pac-Man, la scénographie de l’exposition renvoie aux structures et aux systèmes de contrôle, autant physique qu’immatériel, qui gouvernent nos vies et à partir desquels il est parfois difficile, voire impossible, de trouver une issue. Hybride, le programme visuel de Bérubé emprunte autant à la culture populaire qu’à l’imagerie scientifique et médiatique. Des diagrammes circulaires utilisés pour des fins statistiques côtoient ainsi des petites dragées de la marque TicTac et des couvertures trafiquées du magazine TIME (Today Information Means Everything) montrant un paysage post-apocalyptique (où le titre, une fois renversé, devient EMIT). Tout cela cohabite dans un décor installatif à la fois baroque (pour sa surcharge et ses effets dramatiques) et minimaliste (pour son esthétique aux formes épurées).

Comme dans les propositions antérieures de l’artiste, l’exposition est construite, comme autant d’hyperliens, par enchâssement d’idées et de formes qui, une fois dupliquées et altérées, s’embrouillent et se font simultanément écho. Plusieurs niveaux de lecture composent ainsi la toile narrative de l’exposition dans laquelle s’entremêlent les notions d’impasse, de vacuité, de vide, d’impuissance, de vulnérabilité, de désirs et de pouvoir, comme autant de sentiments qui traversent nos existences contemporaines, captées par le système de mondialisation et l’hypercapitalisme.

Texte de Ariane De Blois
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Du 8 au 24 novembre, 2019 – à la Fondation Grantham – Vernissage: 8 novembre 2019

Du 3 mars au 28 avril 2018, à la Galerie Art Mur – Vernissage: le samedi 3 mars 2018, de 15 h à 17 h
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Autrement dit, nouvelle exposition solo de Patrick Bérubé à la galerie Art Mûr, nous propose une dérive au foisonnement baroque. L’artiste nous plonge dans une installation rejouant les codes d’un espace de travail all-included inspiré librement de la compagnie ACME, société fictive apparue dans l’univers Looney Tunes. Du grec, acmé signifie l’apogée, le point critique d’un propos ou d’une situation et désigne, dans la tragédie, le paroxysme du mal dont un personnage est atteint. Se tenant sur une fine ligne séparant le comique du tragique, l’installation de Bérubé est dense; la narration, faite de multiples couches. Il est question, tout à la fois, de désir de pouvoir et d’impuissance, du temps dans ses répétitions et ses immobilités.

Dans la salle d’attente est diffusé en boucle un extrait du film Lucy, de Luc Besson, où l’actrice répète inlassablement la même réplique : «Le temps est la seule unité de mesure. Il nous fournit la preuve de l’existence de la matière. Sans le temps, plus rien n’existe.1» L’artiste nous propose une clé de lecture pour décoder l’exposition. Le monde est-il un grand théâtre où nous prenons les apparences pour réalité?

Comme dans tout espace de travail tout inclus, l’employé-visiteur est plongé dans un univers dédié à la productivité. Sur le miroir de la salle de sport, est gravé le palindrome « In girum imus nocte et consumimur igni » (Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu). La phrase de Virgile, reprise par Debord dans son film homonyme2, évoque l’absurde aliénation capitaliste où l’humain est fasciné, captif et esclave d’un système qu’il a lui-même bâtit. Au sol, des Stan Smith, mythiques chaussures de sport avec système de protection du tendon d’Achille, font office de memento mori. Elles rappellent le récit d’Achille, vaincu malgré son désir d’invincibilité. Dans cette pseudo-salle de sport, s’expose tant le désir narcissique de performance (physique, sexuelle) que la vulnérabilité.

Dans l’espace bureau, de grandes impressions à première vue éclectiques révèlent les mêmes motifs se déclinant en une suite de variations : des plans du château de Chambord, réputé source d’inspiration pour le château Walt Disney, aux photographies aériennes d’échangeurs routiers répétées telle une tapisserie; de la touche «commande» jusqu’aux deux drones (paradoxalement instruments de surveillance et de jeu) encadrés. Plus loin, un rideau automatisé s’ouvre pour laisser voir l’image d’une mutante à trois seins, faisant écho à une gravure de la déesse Isis – déesse de la fécondité, mais aussi de la mort. La figure devient ici presque allégorique, évoquant un environnement en mutation sous l’action de l’industrie.

Autrement dit… c’est la répétition qui permet des glissements de sens, un point de vue divergent qui ouvre des espaces différentiels. Une faille, le faux, la farce.

1. Lucy, 2014.
2. In girum imus nocte et consumimur igni, 1978. Initiateur de l’Internationale Situationniste, Guy Debord était un philosophe, cinéaste et écrivain.

Texte de Laure Bourgault

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Date : 16 novembre au 13 décembre 2017
Lieu : Berlin (DE)
Exposition collective

Date : 16 novembre au 13 décembre 2017
Lieu : Bermondsey Project Space, Londres (UK)
Exposition collective

Date : 2 novembre au 16 décembre 2017
Lieu : Centre d’art Jacques-et-Michel-Auger, Victoriaville (QC)
Exposition collective