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Nos Bergers, présenté dans le cadre de l’exposition Politiques de l’EmpathieAires libres, Montréal, Canada.
Sur la rue Ste-Catherine au coin des rues Papineau et St-Hubert.
du 30 avril au 7 septembre 2015.

Commissariat: Aseman Sabet

Le Devoir
La Presse

Les anomalies, discontinuités et irrégularités calculées des œuvres de Patrick Bérubé participent d’une motivation première à susciter le questionnement. Habitué aux espaces publics, l’artiste travaille principalement la sculpture et l’installation en tenant la spécificité du lieu de présentation comme point de repère fondamental, tant pour le processus de création que pour les paramètres formels et conceptuels de l’œuvre dans sa forme finie. Souvent teintés d’ironie, ses projets réfléchissent la futilité de nos désirs et les sentiments d’impuissance et de vulnérabilité qui surgissent dans notre quotidien. Cherchant à susciter la rencontre de sentiments contradictoires, l’artiste développe des stratégies de représentation visant à semer le doute, et conséquemment à devoir résoudre par soi-même les incompatibilités volontairement suggérées par l’œuvre.

Structure binaire, Nos Bergers présente deux colonnes surmontées par deux moutons bleu vif, face à face, sur lesquels se tiennent debout deux personnages de même couleur, qui ont la particularité d’être liés par un long nez. La référence à la figure de Pinocchio, bien qu’évidente, est rapidement contrecarrée par la forte présence animale, elle-même symbolique. Les « bergers » proprement habillés semblent mener leurs obéissants moutons en mensonge. Leur nez commun a quelque chose de rigide, et se présente à la manière d’un bâton (celui du berger ?), bien trop droit pour être organique. Là où seraient de mise l’empathie et la protection du berger envers ses moutons, s’imposent le désir de pouvoir et l’usage du mensonge. La question se pose alors : Qui sont ces moutons ? Nul besoin de répondre ici…

La relation duelle entre les deux protagonistes aux visages identiques et effacés, en extension à l’effet mirroir de l’ensemble de la sculpture, est également à considérer. Quels sont les rapports entre l’empathie et l’envie d’accéder à ce que l’autre possède ? Comment se pose la question de l’identité (ou la perte d’identité) quand il y a une forte expérience d’ordre empathique ? Devons-nous effacer une part de notre individualité pour mieux se projeter dans l’Autre ? Le ludisme chromatique et la simplicité de la stratégie de dédoublement mise en œuvre par l’artiste renferme un lot d’interrogations qui touchent de près à des considérations philosophiques, voire ontologiques. Une fois de plus, le spectateur est invité à poursuivre la réflexion.

Aseman Sabet
Commissaire